SIX: luis

 
SIX: luis

 

Après mon départ, je ne l'ai plus jamais revu ou entendu.  J'ai fait du mieux que j'ai pu pour survivre dans ce monde de fous alliés. Après avoir passé de longs mois avec ces gens dans la même galère, pourtant prêt à m'aider.. sous certaines conditions, j'avais pu me faire un avis sur ce qu'était devenu le monde extérieur. Il avait changé. Je ne reconnaissais plus les gens bienveillants que je côtoyais tous les jours dans les rues en rentrant chez moi auparavant. Non, ils étaient devenus des personnes méchantes, malpolies et fuyant toute forme de sociabilisation. Bien que, d'après les autres, leur monde était tellement fantastique et facile. Moi j'aimais bien mon propre jardin secret et ne voulais nullement être comme eux.
Nous, moi et ceux qui m'ont accueillis, on était considérés comme des personnes insignifiantes,  folles et mal attentionnées, pour certains, mais très utiles et serviables pour d'autres. Ceux qui pensaient du mal de nous ne savaient pas que nous faisions cela pour vivre, que nous n'avions pas d'autre option. Pourtant, je savais aussi que c'était une mauvaise passe que je devais surmonter pour évoluer, peu importe le temps que ça me prendra.
La seule peur que j'avais, c'était de tomber là-dedans. D'être dépendante de ce que je vendais, comme mes clients. J'ai souvent été tentée de goûter cette poudre magique, mais mes bons sens m'en ont empêchée. Ce dont je ne suis pas sûre, c'est que je ne sais pas si je vais tenir encore longtemps.
Si je faisais ça, j'avais peur que quelqu'un me voit et qu'ils me remettent où j'ai passé une longue année. Je savais que c'était stupide car, dorénavant, plus personne ne me connaissais.
J'étais inexistante pour le monde entier, à part une personne. Oui, mes parents avaient sûrement dû dire que j'étais morte ou que j'étais partie de l'autre côté de la Terre, ayant honte de dire la vérité. Ayant honte de dire que j'étais devenu une folle, qui pleurait toute la journée, qui ne s'alimentait plus, qui restait toute la journée dans le noir total et qui avait des envie de suicide. Ils avaient honte de ça oui, et pour eux, je ne suis plus personne.
Pourtant, une seule personne savait qui j'étais vraiment. Une seule personne savait que j'étais enfin sortie . Mais cette personne n'était pas présente en ce moment. Après ce qu'elle m'avait dit, je ne savais si je devais me cacher toute ma vie, espérant qu'elle ne me retrouve pas, ou si je devais vivre normalement au regard de tous, avec une petite angoisse au fond de moi qu'il me retrouve malgré tout, et qu'il prenne ce qu'il voulait.
Moi, voulant revivre après ma mésaventure, j'avais opté pour la deuxième solution. Après tout, ça ne devait pas être aussi terrible.
Je voulais vivre, et c'était ce que je faisais.
 


SIX: luis



Un jour, alors que tout semblait plus ou moins aller. Un jour, où cela faisait dix mois que j'étais dehors avec ces gens que je connaissais à peine. Un jour, où il me manquait terriblement.
    Oui, un jour, j'ai cédé.
J'ai vu le paradis, j'ai touché le bonheur absolu, j'ai senti l'envie et la folie. Cette sensation me faisait envie de jour en jour. Grâce à ça, je me sentais bien, j'oubliais tous mes soucis.
Les personnes ennuyantes, les voitures crachant une grosse fumée noire, le paysage grisâtre laissaient place à d'énormes voitures colorés, soufflant de la poussière d'étoile. Les personnes au visage terni s'étaient transformés en de grandes créatures amusantes, au sourire joyeux. Et ces affreux paysages avaient repris de belles couleurs, avec en son centre, un gigantesque soleil brillant de mille éclats.
C'était un bonheur auquel je n'avais pas goûté depuis de nombreuses années. Chaque matin, j'en voulais encore et encore. Ca me rendait heureuse, ça me faisait une sensation toute drôle. J'étais au septième ciel, je ne savais même plus qui j'étais. Ce n'était pas important, du moment ou je me sentais extrêmement bien.
Personne n'était là pour m'interdire quoi que ce soit, pour me dire non, pour me raisonner, m'en empêcher. Sur le moment, je trouvais ça plus que bien que je puisse faire ce que je voulais. Ces longues semaines à faire n'importe quoi, avec n'importe qui, chantant et dansant toute les nuits ont finalement prit fin. Quelqu'un avait décidé de me remettre sur le droit chemin.
Je pense que j'aurais voulu que quelqu'un m'aide depuis le début, mais on ne peut jamais avoir ce que l'on souhaite.
Celui qui m'a aidé était celui qui m'avait amenée ici, qui m'avait pris sous son aile. Ce jeune homme aux couleurs métis et au visage exotique qui m'avait sauvé la vie deux fois en moins d'un an.
    Luis.
Un grand jeune homme aux cheveux aussi foncés que la plus sombre des nuits et aux yeux aussi envoûtants que le plus grand des sorciers de tout l'univers. Physiquement, il était tout le contraire d'Aiden. Pourtant, quelque chose en Luis me faisait penser à lui. Il souriait autant que mon premier amour malgré son désespoir et était aussi très serviable et attentionné.
Après qu'il m'ait pris sous son aile les premiers jours de mon arrivée, je ne l'avais plus revu et je ne m'en étais pas tellement souciée, l'oubliant totalement.
Il m'a aidé à traverser cette mauvaise passe, bien que je n'étais pas totalement rétablie. J'en voulais toujours encore mais il m'en empêchait. Les premiers jours ont été affreux. Je m'en prenais à lui, je suais de partout. même moi je ne me reconnaissais pas. Plus les jours passaient, moins j'en avais besoin. Durant ce temps, je n'avais pas vraiment appris à le connaître  mais je l'appréciais tout de même.
Cette mauvaise passe m'avait fait me souvenir de ce qu'Aiden m'avait dit lors d'une de ses visites. Je me suis rappelée de ces premiers mots qui m'ont fait frissonner. Sur le moment, je ne m'en étais pas souciée et je l'avais simplement pris dans mes bras, contente qu'il m'aie parlé, mais là j'y avais pensé. Je ne savais pas si c'était un hasard où si j'avais mal entendu ce jour là, trop concentrée sur son beau visage.
Mais après y avoir brièvement pensé, Luis m'avait fait complètement oublier cela. Il m'avait dit que dans le milieu où j'étais, il fallait mieux se faire discret et oublier totalement son passé. J'avais confiance en lui, alors j'ai oublié.
Plus de parents, plus d'amis, plus de maison, plus d'amour, plus de dépression, plus d'hôpital, plus de souffrance. Non, plus rien. Il ne fallait plus que je pense à ce qui faisait parti de ma vie d'avant. Ce qui voulait dire qu'il n'y devait plus avoir d'Aiden dans ma tête.
Je devais devenir une nouvelle personne,
    sans lui.

Une Vie ?
Une Mort ?

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